Mais que dit Salomon quand la police rentre dans la synagogue ?

Ha voici une vraie question qui touche le cœur de la culture française. Il s’agit des aventures de Rabbi Jacob bien sûr. Le passage évoqué dans le titre passe peut-être inaperçu après un « Comment, vous Salomon, vous êtes Juif ? » ou encore « Rabbi Jacob il va danser », mais il est assez intéressant à étudier quand on remet le film dans le contexte de son époque.

Lorsque les policiers entrent dans la synagogue, Salomon est persuadé qu’il s’agit des assassins à la poursuite de son ancien patron déguisé en rabbin et de son acolyte révolutionnaire arabe. Salomon bondit sur la bimah (l’estrade d’où on lit la Torah), crie pour qu’on l’écoute et se met à parler une langue qui n’est plus du français. Toute l’assemblée comprend, se tourne en même temps vers les policiers, dresse les châles de prière dans les airs et fond sur les pauvres fonctionnaires du ministère de l’intérieur. Hector Pivert déguisé en Rabbi Jacob peut s’enfuir avec Slimane.

Mais que dit Salomon, en quelle langue parle-t-il ?

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Chava Alberstein — Had Gadiya (1989)

J’ai découvert Chava Alberstein par sa chanson la plus célèbre dans la première scène du film Freezone d’Amos Gitai. Il faut quelques instants pour comprendre que c’est un début spécial, que toute la chanson va être diffusée. Alors on l’écoute, avec Nathalie Portman pleurant en gros plan. Toute la folie du conflit israélo-palestinien est condensée dans cette chanson à accumulation. Had Gadyia (un chevreau) est un chant de Pessah en araméen ici traduit en hébreu. Il ne subsiste en araméen que le début de la chanson : Dizabin abba bitre zuze / had gadiya, had gadiya  : pour deux zouzim mon père acheta / un chevreau, un chevreau  ». Ce vestige de l’original est répété comme une litanie durant toute la chanson.

Alberstein a repris la mélodie d’alla fiera dell’este d’Angelo Branduardi (1976). Le son de la nouvelle chanson est fait de synthétiseurs, samplers, d’un saxophone et d’une batterie. Il est très ancré dans les années 1980. Chaque couplet reprend le précédent en ajoutant une créature ou un objet qui tue la précédente. Le chevreau est tué par un chat, lui même tué par un chien… Arrivée au bout de la chanson, Albertstein se met à se parler, se demande pourquoi elle chante Had Gadiya, ce n’est ni le printemps, ni Pessah. Dans ce nouveau couplet, elle se demande si elle a changé, elle se demande si cette folie va s’arrêter. Et c’est à ce moment qu’elle dit les vers qui finissent d’exprimer le message politique qui se profilait dès le début :

Avant j’étais un mouton, un chevreau serein,
Aujourd’hui je suis un tigre et un loup prédateur.

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