Pardon de poser la question

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Pourquoi es-tu gros ?
Ça t’est arrivé de connaître personnellement des terroristes ?
Qu’est-ce que tu vois ? Les Ténèbres ?
Combien de temps il te reste à vivre ?
Tu es juif ?
Tu imagines ta conjointe avec quelqu’un d’autre ?
Tu entends des voix ?

Pardon de poser la question (סליחה על השאלה, littéralement : pardon pour la question) est une émission de la télé publique israélienne (Kan, כאן) qui reprend le concept de « You can’t ask that [en] ». Le but de l’émission est de démonter des stéréotypes en donnant la parole à ceux qui les subissent. Le public envoie des questions à la chaîne sur une catégorie de personnes discriminées ou victimes de préjugés (homosexuels, transgenres, handicapés, jeunes, vieux, gros…). Les questions, la plupart politiquement incorrectes, sont ensuites lues par des gens issus de ladite catégorie. Ils les découvrent au fur et à mesure et y répondent. Le ton est souvent humoristique, les intervenants peuvent être agacés par les questions, mais ils sont rarement durs et répondent patiemment.

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‘Erev shel shoshanim par Jane Bordeaux et Israel Gurion

‘Erev shel shoshanim (ערב של שושנים) est un classique de la chanson hébraïque. Un tube international. Écrit par Moshe Dor et mis en musique par Yossef Hadar en 1957, la chanson fit et fait encore le tour du monde. Elle a été reprise par Nana Mouskouri, elle est chantée dans les shuls nord-américaines, elle est présente sur tous les disques de « berceuses du monde ». C’est justement sur un chouette disque comme ça que je la découvris, en tiquant un peu, parce que le « h » de « ahava » (amour, אהבה) est presque raclé comme un son « r » sourd. Si on veut faire chic, ou snob, ou désuet, on peut prononcer le « h, ה » hébraïque à l’anglaise, bien qu’il ait tendance à disparaître dans l’hébreu de tous les jours. Mais le prononcer avec un « r » sourd comme un « khaf, כ » ? C’est exagéré. Je l’ai entendu plus d’une fois chanté par des non hébréophones et j’ai souvent entendu cette bizarrerie. J’ai cherché une version chantée par des Israéliens pour faire écouter à mon entourage comment le prononcer correctement. Et soudain, je suis tombé sur la meilleure version de tous les temps de cette chanson. Si j’ai le malheur d’y penser, je la mets, si j’ai le malheur de la mettre, je la remets compulsivement plusieurs fois. Il n’y a pas de raison que je sois le seul à subir cette malédiction, écoutez vous aussi ‘Erev Shel Shoshanim par Jane Bordeaux et Israel Gurion :

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Mais que dit Salomon quand la police rentre dans la synagogue ?

Ha voici une vraie question qui touche le cœur de la culture française. Il s’agit des aventures de Rabbi Jacob bien sûr. Le passage évoqué dans le titre passe peut-être inaperçu après un « Comment, vous Salomon, vous êtes Juif ? » ou encore « Rabbi Jacob il va danser », mais il est assez intéressant à étudier quand on remet le film dans le contexte de son époque.

Lorsque les policiers entrent dans la synagogue, Salomon est persuadé qu’il s’agit des assassins à la poursuite de son ancien patron déguisé en rabbin et de son acolyte révolutionnaire arabe. Salomon bondit sur la bimah (l’estrade d’où on lit la Torah), crie pour qu’on l’écoute et se met à parler une langue qui n’est plus du français. Toute l’assemblée comprend, se tourne en même temps vers les policiers, dresse les châles de prière dans les airs et fond sur les pauvres fonctionnaires du ministère de l’intérieur. Hector Pivert déguisé en Rabbi Jacob peut s’enfuir avec Slimane.

Mais que dit Salomon, en quelle langue parle-t-il ?

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David Grossman, Hadag Nahash, Ahuva Ozeri — Le chant de l’autocollant (2004)

J’ai déjà parlé ici séparément de David Grossman et d’Hadag Nahash. Sachez que le célèbre auteur et le groupe de rap ont créé ensemble une chanson exceptionnelle : שירת הסטיקר, le chant de l’autocollant. La grande chanteuse et compositrice Ahuva Ozeri [en] participe aussi à cette œuvre en vedette invitée, avec une mélodie jouée au bulbul tarang. Cette chanson est le genre de petite merveille qui sort peu des milieux hébréophones et qui mérite d’être plus connue.

Si vous êtes hébréophone, plutôt que de me lire, écoutez le podcast de Shir ehad (שיר אחד), ce billet n’en est qu’un résumé maladroit. Le chant de l’autocollant, c’est le premier poème de David Grossman, constitué de slogans politiques des années 1990 que les gens collaient sur les voitures. C’est un texte incroyable, un texte génial. C’est un texte violent, dérangeant et très politique. Vous pouvez trouvez la chanson traduite (en anglais) et commentée sur le site Teach Me Hebrew, allez l’écouter et la lire :

https://www.teachmehebrew.com/the-sticker-song-by-hadag-nachash.html

C’est quelque chose non ?

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The Jews are coming

Vous vous rappelez quand je disais que « Les Juifs arrivent » (la satire hilarante sur les Juifs, de la Bible aux sionistes) n’était disponible qu’en hébreu ? Hé bien si on fait une recherche sur Youtube avec « The Jews are coming », on trouve quelques épisodes sous-titrés en anglais ! Les anglophones sauront désormais pourquoi il n’y a pas « Tu ne violeras pas » dans les commandements. Vous saurez que c’est très mal de traiter quelqu’un de Nazi, même Adolf Hitler. Vous verrez ce que pensait Seinfeld de la religion d’Abraham, à l’époque d’Abraham. Vous saurez dans quelles conditions la première transplantation cardiaque a eu lieu en Israël. Vous verrez l’épisode des prêtres que j’ai précédemment traduit en français. Vous verrez quels pressions la production hollywoodienne a mis sur Spielberg pour réaliser la liste de Schindler. Et vous conviendrait finalement que si vous pouvez dansez avec la Torah, embrasser la Torah, alors pourquoi ne pouvez-vous pas aussi vous marier avec la Torah ?

Ha et aussi vous saurez tout sur la circoncision d’Isaac et Ismaël :

Heureux que vous êtes !

Échange avec Ala Hlehel à propos de son roman « Au revoir Acre »

La version hébraïque du roman palestinien Au revoir Acre d’Ala Hlehel est un de mes chouchous de cette année. Plus que d’habitude, j’avais envie de poser de nombreuses questions à son auteur, sur le livre, sur lui et sur la situation particulière des Palestiniens citoyens d’Israël. J’ai contacté Ala Hlehel et je le remercie vivement d’avoir bien voulu répondre à mes questions. Notre échange s’est fait en hébreu je le traduis ici en français. J’essaye en général de faire une traduction la plus littérale possible et n’hésite pas à tordre la syntaxe tant que la compréhension n’en pâtit pas trop. J’ai réécrit çà et là pour éviter un style trop lourd ou trop étrange en français.

Comment présentez-vous votre livre ? Qu’est-ce qui vous a fait écrire sur le siège d’Acre par Bonaparte ? Qu’est-ce qui, dedans, est historique et qu’est-ce qui ne l’est pas ?

L’idée du roman vient du poète Khana Abu Khana qui s’est adressé à moi en 2005. Il m’a dit : « j’ai commencé il y a près de 25 ans à faire des recherches sur le siège de Napoléon et il y a là une histoire très intéressante. Peut-être que tu pourrais écrire le roman à partir de mon travail ? » J’ai commencé à étudier l’idée et j’ai vraiment été captivé : du sang, de la sueur et beaucoup de larmes. Qu’a-t-on besoin d’autre pour un bon drame ?

Ce livre est à mes yeux une hybridation entre l’histoire et l’imagination, un genre d’acrobatie très développée entre la tentative de garder le cadre historique des événements et la grande liberté que permet la fiction littéraire.

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Au revoir Acre — Ala Hlehel [ar, he] (2018)

En 1799, Napoléon assiège Saint-Jean d’Acre en Palestine ottomane. La ville est tenue par un vieux gouverneur expérimenté et cruel : Ahmad Pacha El-Jezzar (« le boucher »). Après 62 jours de siège, Napoléon lève le camp. C’est la fin de sa progression meurtrière au Proche-orient. Au revoir Acre est un roman génial qui s’appuie sur le siège d’Acre pour nous raconter une histoire passionnante. J’ai tourné les pages avec avidité jusqu’à la fin du roman.

Ala Hlehel est un auteur palestinien, citoyen d’Israël, originaire du nord du pays. Son roman est écrit en arabe standard pour le texte et en dialecte arabe de la région et de l’époque pour les dialogues. Je ne lis malheureusement pas l’arabe, alors je me suis tourné vers l’excellente version hébraïque du roman traduit par Ioni Mendel. Pour ceux qui ne lisent aucune de ces deux langues, une traduction vers le français est en cours de réalisation et devrait sortir prochainement chez Actes Sud.

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Lettres d’Israël 2018

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Ce n’est pas sérieux, je ne vous ai pas encore parlé de Lettres d’Israël alors que la session 2018 a déjà commencé… Bon, c’est « le », que dis-je « LE », que dis-je « LE (!!!) » festival littéraire hébraïque en France. Et cette année, il y en a partout (Lille, Paris, Strasbourg, Montpellier, Aix, Marseille…). Il y des événements presque en continue. Fort de ses succès précédents et de la saison croisée France-Israël le festival est devenu géant. C’est un peu comme au Hellfest ou à Rock en Seine : on ne peut pas assister à tout.

J’essaierai d’aller voir Yishaï Sarid, Itamar Orlev, Yirmi Pinkus et Asaf Hanuka. Aïe, aïe, aïe, j’espère qu’il reste des places !

Six histoires pour enfants de Meir Shalev

Meir Shalev aime parler des talents de conteurs de sa famille, il aime dire que le rôle du peuple juif est de raconter des histoires. On sent bien dans son œuvre le plaisir qu’il a à raconter des histoires et cette sensation se retrouve pleinement dans ses livres pour enfants que j’ai découvert avec délice. Plus encore que dans ses livres pour adultes, le texte retranscrit l’oralité d’un conteur qui se reprend ou qui se commente.

Tous ces livres sont illustrés par le même illustrateur, Yossi Aboulafiya. Le trait et les couleurs sont jolies, les dessins ronds. Le dessin souligne l’humour de Shalev et le complète. On devine même dans l’une des histoires une complicité joyeuse entre les deux artistes.

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Avirama Golan — Les bulles de savon de Gali [he] (2006)

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Les bulles de savon de Gali (בועות הסבון של גלי‏) est la première histoire pour enfant d’Avirama Golan, joliment illustrée par Lena Guberman (non adapté en français). Gali est une petite fille seule, sur la terrasse d’un petit immeuble typique à Tel Aviv. Elle fait des bulles de savons. Chaque bulle se promène dans la ville et vient en aide à quelqu’un qui en a besoin. Les bulles viennent ensuite chercher Gali et lui montrent tout ce qu’elles ont fait. Gali rentre chez elle satisfaite et s’endort, avant un nouveau jour où elle fera des bulles.

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