Jane Bordeaux — Ma shehashuv (2017)

Je viens de voir que le groupe Jane Bordeaux (ג’יין בורדו) allait sortir un nouvel album le 1er août ! Doron Talmon (chant), Mati Gilad (contrebasse) et Amir Zeevi (guitare) sont de retour ! Vite vite, il faut que je vous parle de leur précédent sorti en 2017 : ma shehashuv, מה שחשוב, ce qui est important. Sachez d’abord que cet album est excellent à tous points de vue, un sans faute pour le trio de folk/country acoustique israélien. Vous pouvez acheter toutes les pistes et vous en délecter. Pour vous aguicher je vais vous faire écouter en particulier deux chansons de l’album en vous invitant à observer la tension entre les paroles et le ton.

Commençons par Ma shehashuv (מה שחשוב, ce qui est important) qui donne son nom à l’album. Regardez cet enregistrement merveilleux :

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WC — Le’olam lo nicana’

WC est un duo énergique qui n’a pas honte d’être de gauche. Ce n’est pas rien dans un pays où « gauche » est une insulte et où il n’y a plus grand monde de gauche à la Knesset depuis longtemps. Le duo est composé de deux frères : Arie et Avshalom Hasfari. Ils sont deux des enfants de Shmuel Hasfari et Hanna Azoulaï-Hasfari, deux célèbres artistes israéliens engagés à gauche. Les deux frères se connaissent depuis longtemps, cependant l’histoire de ce groupe est récente. C’est en devenant colocataires que les deux frères se découvrirent l’un l’autre et commencèrent à faire de la musique ensemble. C’est illustré par la chanson Slick (סליק), leur premier tube :

Soudain, il y a un sentiment d’unité entre nous, waï, qu’est-ce qui va se passer ici, waï, qu’est ce qui va se passer ici ?

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Y. Meir, M. Wilensky, Sh. Damari — Hora Mamtera (1952)

« L’allégresse d’un flux dans le tuyau
Des tuyaux — les artères du Negev
C’est la route du psaume
Du robinet à la motte de terre
Les eaux monteront des abysses.
»

Je n’étais pas tout à fait prêt à encaisser l’existence de Hora Mamtera (הורה ממטרה), la hora de l’arroseur. C’est une chanson propagandiste vouée au génie agricole sioniste, en particulier les cultures dans le désert. Elle est constituée d’un texte assez mauvais de Yehi’el Mar [he] sur une mélodie de Moshe Wilensky [he]. C’est une hora, une danse d’Europe centrale devenue traditionnelle en Israël. Avec un orchestre et un chœur, elle est exécutée par la célèbre chanteuse yéménite Shoshana Damari, « l’Édith Piaf israélienne ». Le kitsh et le ridicule sont appuyés par la force et le sérieux de Damari.

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Hadag Nahash — Welcome to Izrael (2018)

Disons le franchement, je n’eus pas de gros coup de cœur musical israélien en 2018. Cela dit, Welcome to Izrael (וולקאם טו איזראל) le dernier album d’Hadag Nahash est particulièrement plaisant. Je vous parlai déjà il y a un an de son premier simple, ‘Od iyeh tov qui me plut beaucoup. Je vais vous présenter quelques autres pistes maintenant.

Sa, סע

Sa est une chanson qui parle de l’âge qui s’abat sur les membres du groupe. Elle est très dansante. « Sa » (סע) veut dire « avance ». La prononciation dans le refrain est orientale (le ayin est bien sonore). La partie de Shaanan Streett est particulièrement drôle, il raconte être allé chez le docteur et ce dernier lui explique qu’il traite son corps comme une poubelle. Le médecin lui interdit le café, le thé, l’alcool, le hummus, les pitas, ne lui autorise la viande rouge que pour son anniversaire et un verre de vin pour le kiddush. Tu es médecin ou sadique ? Furieux, il part voir un autre médecin qui lui dit exactement la même chose. On enchaîne alors avec le refrain :

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‘Erev shel shoshanim par Jane Bordeaux et Israel Gurion

‘Erev shel shoshanim (ערב של שושנים) est un classique de la chanson hébraïque. Un tube international. Écrit par Moshe Dor et mis en musique par Yossef Hadar en 1957, la chanson fit et fait encore le tour du monde. Elle a été reprise par Nana Mouskouri, elle est chantée dans les shuls nord-américaines, elle est présente sur tous les disques de « berceuses du monde ». C’est justement sur un chouette disque comme ça que je la découvris, en tiquant un peu, parce que le « h » de « ahava » (amour, אהבה) est presque raclé comme un son « r » sourd. Si on veut faire chic, ou snob, ou désuet, on peut prononcer le « h, ה » hébraïque à l’anglaise, bien qu’il ait tendance à disparaître dans l’hébreu de tous les jours. Mais le prononcer avec un « r » sourd comme un « khaf, כ » ? C’est exagéré. Je l’ai entendu plus d’une fois chanté par des non hébréophones et j’ai souvent entendu cette bizarrerie. J’ai cherché une version chantée par des Israéliens pour faire écouter à mon entourage comment le prononcer correctement. Et soudain, je suis tombé sur la meilleure version de tous les temps de cette chanson. Si j’ai le malheur d’y penser, je la mets, si j’ai le malheur de la mettre, je la remets compulsivement plusieurs fois. Il n’y a pas de raison que je sois le seul à subir cette malédiction, écoutez vous aussi ‘Erev Shel Shoshanim par Jane Bordeaux et Israel Gurion :

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David Grossman, Hadag Nahash, Ahuva Ozeri — Le chant de l’autocollant (2004)

J’ai déjà parlé ici séparément de David Grossman et d’Hadag Nahash. Sachez que le célèbre auteur et le groupe de rap ont créé ensemble une chanson exceptionnelle : שירת הסטיקר, le chant de l’autocollant. La grande chanteuse et compositrice Ahuva Ozeri [en] participe aussi à cette œuvre en vedette invitée, avec une mélodie jouée au bulbul tarang. Cette chanson est le genre de petite merveille qui sort peu des milieux hébréophones et qui mérite d’être plus connue.

Si vous êtes hébréophone, plutôt que de me lire, écoutez le podcast de Shir ehad (שיר אחד), ce billet n’en est qu’un résumé maladroit. Le chant de l’autocollant, c’est le premier poème de David Grossman, constitué de slogans politiques des années 1990 que les gens collaient sur les voitures. C’est un texte incroyable, un texte génial. C’est un texte violent, dérangeant et très politique. Vous pouvez trouvez la chanson traduite (en anglais) et commentée sur le site Teach Me Hebrew, allez l’écouter et la lire :

https://www.teachmehebrew.com/the-sticker-song-by-hadag-nachash.html

C’est quelque chose non ?

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Maboul — Rona Kenan (2004)

Rona Kenan est peut-être la première chanteuse israélienne que l’on m’a recommandé. Je suis allé l’écouter et je n’ai rien entendu de convaincant alors. J’étais un peu surpris par l’engouement qu’elle suscitait. Enfin, ce genre de chose arrive. C’est au détour de la chaîne youtube de la radio de l’armée, Galgalatz, que je l’ai écoutée à nouveau. Juste une guitare, sa voix et un grand t-shirt blanc. J’ai fondu.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Je ne sais pas. Je crois que c’est simplement la voix. Sa voix enveloppe, protège. Elle est tellement présente que j’ai le sentiment de pouvoir la toucher. Maboul (מבול, déluge) est une chanson parfaite, une chanson de rupture. Kenan l’a écrite à 17 ans après s’être séparée d’une amie avec qui elle était depuis deux ans. Mais les paroles qu’elle a écrites alors étaient en anglais et la chanson s’appelait Earthquake, tremblement de terre.

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Chava Alberstein — Had Gadiya (1989)

J’ai découvert Chava Alberstein par sa chanson la plus célèbre dans la première scène du film Freezone d’Amos Gitai. Il faut quelques instants pour comprendre que c’est un début spécial, que toute la chanson va être diffusée. Alors on l’écoute, avec Nathalie Portman pleurant en gros plan. Toute la folie du conflit israélo-palestinien est condensée dans cette chanson à accumulation. Had Gadyia (un chevreau) est un chant de Pessah en araméen ici traduit en hébreu. Il ne subsiste en araméen que le début de la chanson : Dizabin abba bitre zuze / had gadiya, had gadiya  : pour deux zouzim mon père acheta / un chevreau, un chevreau  ». Ce vestige de l’original est répété comme une litanie durant toute la chanson.

Alberstein a repris la mélodie d’alla fiera dell’este d’Angelo Branduardi (1976). Le son de la nouvelle chanson est fait de synthétiseurs, samplers, d’un saxophone et d’une batterie. Il est très ancré dans les années 1980. Chaque couplet reprend le précédent en ajoutant une créature ou un objet qui tue la précédente. Le chevreau est tué par un chat, lui même tué par un chien… Arrivée au bout de la chanson, Albertstein se met à se parler, se demande pourquoi elle chante Had Gadiya, ce n’est ni le printemps, ni Pessah. Dans ce nouveau couplet, elle se demande si elle a changé, elle se demande si cette folie va s’arrêter. Et c’est à ce moment qu’elle dit les vers qui finissent d’exprimer le message politique qui se profilait dès le début :

Avant j’étais un mouton, un chevreau serein,
Aujourd’hui je suis un tigre et un loup prédateur.

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Roei Freilich — Ma’ale ‘ashan (2014)

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Ma’ale ‘ashan (מעלה עשן, « je fume » dans le sens colère contenue) est un excellent album. Roei Freilach fait un genre de new new wave délicieuse. Cela me rappelle un peu Pony Hoax. Les paroles et le chant sont en contrepartie plus humoristiques avec un côté pince-sans-rire façon Morrissey, sauf que je trouve Morrissey plus drôle. En effet le rôle d’amant déçu, dragueur, voire harceleur de Freilich ne trouve pas grâce à mes yeux. Son hébreu est assez ampoulé et finalement sibyllin ou ambigu. C’est dommage parce que la musique est parfaite.

Je ne t’en veux pas trop Roei, parce que tu me fais danser et c’est déjà beaucoup. Mais tu aurais pu devenir un de mes chouchous sans ces défauts.

רועי פרייליך, מעלה עשן, נענע דיסר, 2014.

 

Hila Ruach — rofaa ba maarav (2015)

« Une ourse grizzli m’a élevée,
Le lait d’étoiles était ma nourriture la plus chère,
La première chose que je vis des jours de ma vie et dont j’avais l’intention de me rappeler,
C’était moi. Comment pourrais-je oublier ? »
Yona Wallach — Ourse Grizzli.

a1512707431_10Le titre de l’album de Hila Ruach, rofaa ba maarav (רופאה במערב), « femme médecin à l’ouest », est-il une référence au sous-titre hébraïque de la série Docteur Queen, femme médecin, et si oui, que signifie-t-elle ? Je ne suis pas sûr de comprendre et ce n’est pas très grave. Ce qui est important, c’est de savoir que c’est un de mes albums de rock indé israélien préféré. C’est sur ourse grizzli (douba grizzlit, דובה גריזלית), un texte de Yona Wallach, que tout commence. Le poème est prononcé avec une voix détachée, soutenue par une grosse basse appuyée d’une batterie, de guitares électriques et de synthétiseurs. Je suis tombé amoureux du disque lors de ma première écoute, au moment où Hila chante « comment pourrais-je oublier » (‘aich ‘ouchal lishkoah, איך אוכל לשכוח). J’ai mis plus ou moins de temps à apprivoiser les autres pistes, mais le verdict est sans appel : cet album est un bijou.

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