Hadas Kleinman, Aviv Bachar — Pa’am akhat (2017)

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Bachar et Kleinman, duo folk voire folktronica, propose ici un album très doux, très calme, plein de mélancolie, de mal-être, de poésie. La musique triste a la délicieuse vertu de me rassurer, je recommande particulièrement celle-ci pour accompagner agréablement les insomnies. Pa’am akhat (une fois, פעמ אחת) a été enregistré durant un hiver à Berlin. L’album est à l’image des photos du duo dans l’album : en noir et blanc, sombre, dépouillé, réfléchi,  élégant, contemplatif. Les paroles sont simples, en hébreu parlé, elles évoquent la solitude, la peur, la séparation, l’éloignement.

Plus je l’écoute, plus je l’aime.

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Ron Cahlili — Hatsarfokaïm (2018)

Tsarfokaï (צרפוקאי) est un mot valise méprisant composé de Tsarfati (français, צרפתי) et Marokaï (Marocain, מרוקאי). Il désigne les Français originaires du Maghreb qui ont fait leur alya ces dernières années (environ 40 000 nouveaux migrants).

En début d’année, Ron Cahlili (רון כחלילי) a sorti pour la télé publique (כאן 11, Kan 11) un documentaire en trois volets parlant de cette alya. Le documentaire s’appelle les Tsarfokaïm (הצרפוקאים). Je suis resté collé à mon écran plusieurs soirs, revenant sur certaines rencontres, sur des conversations à bâtons rompus… Cahlili donne à réfléchir sur Israël, sur la France, sur les politiques d’accueil et d’intégration des migrants, sur le racisme et les prophéties autoréalisatrices en général. Le documentaire est un genre dont je me méfie et je suis assez étonné d’avoir eu à ce point envie de vous parler de celui-ci, d’autant que le sujet est facilement polémique. Mais voilà, j’avoue que là, je me suis pris une bonne claque.

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Ensemble Hapiyout — Arba Otiyot, chants sacrés du Maghreb occidental (2017)

Le piyout est un chant religieux juif qui ne m’a jamais attiré plus que ça. Pourtant, je suis tombé complètement amoureux de cet album de l’Ensemble Hapiyout (אנסמבל הפיות, l’ensemble du piyout, the piyut ensemble) de l’institut Ben Tzvi (un centre d’étude sur les Juifs orientaux) en partenariat avec le centre de recherche de musique juive de l’université hébraïque de Jérusalem. L’album s’intitule Arba Otyot (ארבע אותיות, quatre lettres) en référence au tétragramme sacré.

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Talya Eliav chante Barbara et autres reflets culturels

S’intéresser à une culture, c’est parfois recevoir un miroir de la sienne. D’une certaine manière, les œuvres que j’aborde ici ne sont pas représentatives de la culture israélienne dans le sens où je me concentre sur la création israélienne en hébreu, que beaucoup d’Israéliens ou d’Israéliennes choisissent d’ignorer pour regarder des séries américaines sur Netflix ou lire des polars anglais ou suédois. Pour alimenter ce blog, je parcours les pages cultures de Haaretz et d’Id’iot Aharonot et une bonne partie de leurs articles sont consacrés à des créations internationales, majoritairement occidentales et plus particulièrement américaines.

Cependant, la France est encore présente, dans des traductions littéraires, grâce à quelques films, et encore grâce à ses chanteurs et chanteuses de la génération passée. J’ai ainsi plusieurs fois écouté Brassens, le vendredi après-midi sur la radio de l’armée. Mais je suis vraiment tombé des nues en découvrant le travail de Talya Eliav et ses traductions de Barbara en hébreu.

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Neta Weiner — Bizchout HaShiva (2016)

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Cela fait six mois que je veux écrire un mot sur ce joli album solo de Neta Weiner, membre du tonitruant et contestataire System Ali. Je n’arrive pas à écrire ce mot parce que je bloque sur les textes. Je n’arrive pas à comprendre de quoi il parle. Il y a des mots partout, le vocabulaire est riche et le sens n’est pas forcément très clair. Quand il présente lui-même son album intitulé  Bizchout HaShiva (בזכות השיבה), « grâce au retour », il le présente comme un album sur tous les retours en général jusqu’au retour chez sa mère… Moi, quand je l’écoute, j’ai l’impression de me retrouver dans une petite ville de l’Europe de l’est à manger des apfelstrudels, avec les cosaques et l’odeur du feu qui se rapprochent. Ce mec me tue, il est génial, il faut que vous découvriez son mélange hip-hop-cabaret-klezmer-electro.

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Rachel, HaHalonot HaGvo’im — Zemer Nougue

Durant le Yishouv, s’est construit en Palestine ottomane puis mandataire la culture de l’homme nouveau qui devait sortir du sable de Tel Aviv et effacer le souvenir du Juif faible et persécuté. La création de cette culture est un mélange de rejet et de réappropriation : rejet des cultures et langues de la diaspora, développement d’une nouvelle langue à partir de l’hébreu biblique et mishnique, création d’une nouvelle littérature. Le chant hébreu est ainsi constitutif de cette nouvelle identité créée par les sionistes de la 2e et 3e alyah. La poétesse Rachel (1890-1931) s’inscrit dans ce mouvement. La tuberculose l’empêcha de se consacrer à l’idéal agricole auquel elle se destinait en Palestine, mais elle devint une des figures les plus marquantes de la nouvelle littérature hébraïque.

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Gilad Kahana

Gilad Kahana est un chanteur israélien un peu hors norme. C’est toujours compliqué de comprendre ce qu’il veut dire, mais sa musique, son allure et sa voix me touchent toujours beaucoup. Pour vous donner rapidement une idée, le voici présentant de quoi parle le dernier album d’un de ses groupes, les Girafot  (ג’ירפות, les Girafes) :
« On te brise et on te brise et on te brise et on te brise encore et on te brise encore une fois et une fois encore on te brise. Toi, petit à petit, tu te changes en poussière. Tu te changes en poussière et qui peut briser la poussière ? »

Voilà, sans musique et en trente secondes une partie de ce qui me fascine : des images très maîtrisées, une allure et des postures un peu ridicules, un texte qui résonne dans la tête auquel on peut faire dire tout ou rien du tout. C’est déstabilisant, parce qu’à chaque fois, cela a l’air important, mais son allure de cocker aux grands yeux tristes, sa chaîne en or, ses immenses lunettes et l’étrange mollesse qui se dégage de lui amènent aussi à se demander s’il ne se moque pas de nous. Je vais vous présenter trois titres récents qui m’ont marqué.

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Luna Abu Nassar — Asaper Lech (2014)

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La douceur acidulée du projet folk de Luna Abu Nassar est aux antipodes de la virulence endiablée de l’équipage de rap System Ali auquel elle contribue. Dans une ambiance beaucoup plus intimiste, elle est ici accompagnée d’un autre guitariste et d’un percussionniste. Elle écrit, joue et chante une musique subtile qui interpelle.

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Yoel a dit (2015)

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Yoel a dit, fantaisies et mélodies pour les enfants est l’enregistrement des chansons d’un spectacle musical inspiré d’un livre de Yoel Hoffman : En février, cela vaut le coup d’acheter des éléphants. Je suis tombé dessus en parcourant l’étiquette « Tel Aviv Yafo » de Bandcamp et j’ai tout de suite accroché. Je ne suis pas le seul, le spectacle a fait sa première au festival international de théâtre pour enfant de Haïfa et a obtenu quatre prix : prix du meilleur spectacle, du meilleur script, de la meilleure direction et de la meilleure musique.
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Zichronot MeUtopia (2017)

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Zichronot MeUtopia
(Souvenir d’une utopie) est l’album d’un voyage halluciné dans une mégapole où les gens sont écrasés par le béton et où les seules lumières sont jaunes ou rouges. L’album dégage une atmosphère angoissée proche du cyberpunk. Nous nous retrouvons pris dans une recherche mystique de sens à la vie où l’on se rassure en s’oubliant dans le sexe et la drogue.

Les textes sont des poèmes écrits en hébreu parlé, ils sont déclamés, parfois chantés, avec des pointes d’emphases, avec ou sans accompagnement musical. Le procédé rappelle un groupe comme King Missile, sauf que la musique ici est plus indus.

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