Yonatan Berg — Donne moi encore cinq minutes (2015 [he], 2017 [fr])

Donne moi encore cinq minutes suit séparément deux jeunes hommes, deux anciens amis issus de la même colonie en Cisjordanie. Nationaliste et religieuse, la colonie est accolée à un village arabe. Après son service militaire, Yoav quitta la colonie, s’éloigna de la religion et parti faire des études de cinéma à Tel Aviv. Bnaya y resta, y fonda une famille et enseigne dans la Yeshiva qui y est attachée. Lors d’une rave party, Yoav fait un bad trip et revit un traumatisme de son service militaire. Il est hanté par les visages morts d’un de ses camarades et du jeune Palestinien qu’ils étaient censés arrêter. Bnaya vit des temps difficiles avec sa femme, alors que la colonie est menacée d’expulsion et qu’un de ses voisins se fait harceler par des jeunes de la colonie. Yoav et Bnaya entament séparément une réflexion sur eux-mêmes, sur la vie qu’ils mènent, sur leur passé et leur avenir.

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Amir Gutfreund — Les gens indispensables ne meurent jamais (2000)

Notre Shoah. C’est le titre en hébreu. À la première édition du festival Lettre d’Israël, lors d’une rencontre entre traductrices, Laurence Sendrowicz déclara quelque chose comme « Shoah shelanou (שואה שלנו), notre Shoah, c’est intraduisible en français ». Vraiment ? Tout au long du livre je me suis posé la question. Shoah shelanou. Notre Shoah. La Shoah qui est à nous. Notre Shoah à nous. Je le retourne dans tous les sens. Peut-être qu’en hébreu, shelanou, littéralement « notre » et encore plus littéralement « qui est à nous », revêt un caractère plus intime qu’en français. C’est durant cette table ronde de traductrices que j’ai entendu ce titre pour la première fois. Shoah shelanou. J’ai souri en l’entendant. C’est curieux, c’est inattendu. Shelanou a peut-être un caractère plus affectueux qu’en français. Shoah shelanou. Notre chère Shoah ? Shoah shelanou, notre Shoah. Quelque subtile que soit la différence, « Notre Shoah » reste un titre curieux. Que se cache-t-il derrière ce titre ? Qui est ce « nous » ? La pertinence du titre est évidente à chaque ligne du texte. Les gens indispensables ne meurent jamais, le titre choisi pour la version française, hé bien je ne suis pas bien sûr d’en avoir compris le sens. J’aurais traduit Notre Shoah.

Notre Shoah, c’est celle d’Amir et d’Efi, enfants de survivants en Israël, qui observent avec plein de curiosité leurs parents, leurs grands-parents et tous les gens du quartier d’un de leurs grands-pères. Qui sont ces petits vieux étranges ? Derrière le silence, les comportements étranges et les crises, les enfants sentent tout le poids de la Shoah. Ils veulent savoir ce qui est arrivé aux adultes, mais ils n’ont pas l’âge. Tous refusent de leur dire ce qu’ils ont vécu. Ils récupèrent des bribes de la Shoah de chaque survivant, se documentent, essayent de reconstituer le puzzle. Leur Shoah, c’est l’obsession qu’ils ont de comprendre ce qui est arrivé à leur famille, de découvrir ce qu’on refuse de leur dire.

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Les Juifs arrivent (2014 – …)

Les juifs arrivent
Le générique des « Juifs arrivent » met en scène une préparation de brit mila. La ritournelle se termine sur un cri de bébé et une petite tâche de sang apparaît à l’écran.

Le monde doit savoir pour les Juifs arrivent (היהודים באים). Israël exporte de nombreux artistes, mais cette émission diffusée sur la télé publique, très populaire en Israël, ne sort pas vraiment du pays ou des milieux hébréophones. C’est une des satires les plus drôles, les plus intelligentes que je n’ai jamais vues. Pour en profiter vraiment, c’est bien d’avoir quelques notions de Bible et d’histoire des Juifs. Et évidemment, il faut parler hébreu. En fait, c’est un des rares moments où je me sens vraiment privilégié de parler hébreu. Cette série devrait être sous-titrée et distribuée à l’étranger, pour le plus grand bien de l’humanité.

Moïse y traite les Hébreux de peuple de merde, Noé se fait attaquer en justice pour avoir volé l’histoire du déluge aux Babyloniens, le Messie arrive et se fait traiter de gauchiste avant d’être abattu par la première famille israélienne qu’il rencontre, Dreyfus est déshonoré en se faisant casser publiquement sa baguette de pain, les nazis survivants organisent la solution finale 2 : conquérir l’Europe pour s’assurer qu’Israël n’ait aucun point à l’Eurovision… Voilà en gros. Les héros bibliques, les héros sionistes, les grands personnages de l’histoire juive sont brocardés avec un humour féroce.

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Ronit Chacham, Tamar Vereta-Zehavi — La révolte de Mon [he] (2018)

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La révolte de Mon (המרד של מון) commence par une préface où quelqu’une annonce qu’elle doit écrire l’histoire de sa famille et ce qui lui est arrivé. Mon, la narratrice, a six ans quand sa famille cherche à fuir son pays, pour échapper à la nouvelle reine autoritaire et raciste qui compte faire assassiner son père parce qu’il est noir. Durant les préparatifs précipités de la fuite, le père de Mon intime l’ordre à sa fille de ne rien dire et de ne pas pleurer. Malheureusement, au moment de partir, la mère de Mon, enceinte de jumeaux, doit accoucher. Seul le père fuit, avec leur chien Si. Choquée, Mon n’est plus un mesure de prononcer un mot, elle devient muette.

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Dorit Rabinyan — Une chatte et un lièvre échangent leurs maisons [he] (2018)

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« Tu fais quoi ce week end, le lièvre ?
— Salut la chatte. Rien du tout, tu as une idée ?
— J’ai pensé que peut-être… Nous pourrions échanger nos maisons ?
— Émanger nos chaisons ?
— Juste un jour ou deux…
— C’est une proposition géniale !
— Un peu séparément puis un peu ensemble…
— Super !
— À la ville tu feras le touriste, et moi je serais invitée à la campagne.  »

Le début de l’histoire est dans le 4e de couverture que je viens de traduire. Au début du livre, la chatte et le lièvre se lèvent chacun de leur côté, l’une à la ville, l’autre à la campagne et ils se préparent déjà à partir l’un chez l’autre.

Une chatte et un lièvre échangent leurs maisons (חתולה וארנבון מחליפים בתים) est un livre pour enfants écrit par Dorit Rabinyan et illustré par David Hall. Pardon. Une chatte et un lièvre échangent leurs maisons est un MAGNIFIQUE livre pour enfant écrit tout en poésie par Dorit Rabinyan et illustré superbement par David Hall. Je voulais le lire parce qu’il était de Dorit Rabinyan, je ne m’attendais pas à tomber sur une telle merveille.

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Tous des oiseaux — Wajdi Mouawad (2017)

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Affiche de la pièce

L’unique raison pour laquelle je suis allé voir la pièce Tous des oiseaux au théâtre de la Colline, c’est qu’elle avait été écrite par Wajdi Mouawad qui est un génie. Je n’ai ni l’hébreu ni Israël comme seuls intérêts dans la vie. Le hasard fait que cette pièce écrite en français et jouée en anglais, allemand, hébreu et arabe se passe en grande partie en Israël. Et évidemment, c’est génial. Bref, je vais me faire un plaisir de vous en parler.

Dans une bibliothèque new-yorkaise, Eithan, un biologiste, et Wahida, une chercheuse en sciences humaines, se rencontrent autour d’un livre de Hassan Ibn Muhamed el Wazzân, diplomate Marocain qui après s’être fait capturer par des pirates chrétiens se convertit au christianisme. Les deux tombent amoureux, mais les choses se compliquent vite, le père d’Eithan, israélien raciste et revanchard, est particulièrement hostile au fait que son fils vive avec une Arabe. Cette crise est le point de départ d’une quête de l’identité des deux jeunes héros.

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Yirmi Pinkus — Célibataires et veuves (2017)

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J’avais très envie de lire ce recueil de quatre nouvelles, unanimement salué par la critique. Il est fait d’histoires de paliers, de corridors et de voisinage dans le vieux nord telavivien, à l’exception de la quatrième histoire se déroulant en Suisse. Falots, feutrés, solitaires, souvent distants, les héros ashkénazes transpirent dans ces récits une politesse froide qui exprime rarement son opinion, mais n’en pense pas moins.

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Amir Ziv — Quatre pères [he] (2017)

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Hé bien. Cela fait quelque jour que j’ai posé le livre et il continue de me tourmenter. Voilà un roman sur la paternité qui remue, écrit avec beaucoup de style et d’inventivité.

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Neta Hoter — Rappelez moi qui vous êtes [he] (2017)

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« Rosemary est un être humain très particulier avec une vision du monde, mmhh, atypique. Mais de l’affection, il n’y en aura pas, il est probable qu’il y aura aussi des difficultés selon son état mental que je vous détaillerai plus tard…Disons que ce sera une expérience.
— Les expériences, rétrospectivement, c’est de la souffrance.
— N’exagérons pas.
— Pourquoi je signerais pour six mois de souffrance ?
— Parce que vous recevrez trente mille [shekels] par mois [environ 7200 euros].
— Ok, elle essaye de garder un air indifférent, ça peut le faire. »

Sorti en 2017 et pas encore traduit, Rappelez-moi qui vous êtes est un roman sympathique, rafraîchissant et plein d’humour. À trente-cinq ans, Daniela (Didi) n’est toujours pas remise de sa dernière rupture avec un compagnon fortuné. Elle est rétrogradée dans un appartement d’une pièce et coincée dans un boulot pas terrible. Elle reçoit une proposition inattendue pour écrire la biographie d’une vieille dame, Rosemary Worcell. Elle est recrutée par Osher, l’assistant particulier de Rosemary. Lui-même vient de se faire larguer par son mec et le vit assez mal. Pour mener ses recherches sur Rosemary, Didi fait appelle aux services de Roy, son voisin monteur vidéo qui se débrouille en informatique. Roy est un geek bodybuildé plutôt coincé qui vit reclus chez lui. Et enfin Rosemary, elle-même, est une vieille dame riche pas franchement facile. À la suite d’une agression, elle a perdu la mémoire. Elle veut que Didi lui écrive l’histoire de la vie qu’elle a oublié.

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Orly Castel-Bloom — Dolly City (1992)

Dolly City, ça y est j’ai enfin lu Dolly City ! C’est le premier roman d’Orly Castel-Bloom, celui qui a fait scandale à sa sortie, qui a propulsé Castel-Bloom au rang d’écrivaine la plus géniale de sa génération. Je me le réservais pour le moment où je serai suffisamment à l’aise en hébreu. J’attendais avec impatience de pouvoir lire l’œuvre phare d’une de mes autrices préférées. Au bout de quelques pages, je suis allé emprunter la version française, pour m’assurer que je comprenais bien ce que j’étais en train de lire en hébreu. J’ai découvert effaré que oui, ce que je lisais était bien ce qu’elle avait écrit.

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