‘Asiti, version Jimbo J et version Netanyahu

Bien, bien, c’est la rentrée (un concept français qui n’existe pas vraiment dans le monde israélien, mais passons), c’est la rentrée, et l’État juif nous gratifie d’une deuxième élection pour l’année, le 17 septembre. Le suspens est aussi insoutenable que la campagne électorale. Pour évoquer ce triste présent, je vais ressortir des vieux dossiers qui restent d’une actualité étonnante.

La chanson de Jimbo J, ‘Asiti (« j’ai fait », עשיתי) n’a pas pris une ride depuis deux ans. Elle évoque la vie de beaucoup de jeunes Israéliens : le service militaire, puis une année sabbatique en Inde et le retour au pays. On est face à une personne qui fait un bilan de sa vie, de ce qu’il a fait, de ce qu’il veut faire et qui semble se sentir bien dépassé. C’est drôle. Le clip est particulièrement réjouissant avec ses nombreux petits détails. Lors du refrain les saynètes du clip deviennent des noubas déjantées où tout le monde danse follement au son des triolets : « ‘A-si-ti, ‘A-si-ti, ‘A-si-ti, ‘A-si-ti », עשיתי, j’ai fait.

Mais quel rapport avec l’actualité politique me demanderez-vous ? Hé bien quelques mois plus tard, l’émission satirique ‘Eretz Nehederet (« un pays merveilleux ») fit une parodie de cette chanson : la « version Netanyahu ». Elle en reprend la musique et les codes. Netanyahu prend la place de Jimbo J. On trouve aussi quelqu’un déguisé en Kaya (ז”ל), la chienne des Netanyahu, cela répond au déguisement de panda que l’on retrouve dans le clip original. Quant aux paroles… Le sujet change quelque peu, Netanyahu fait son bilan en se justifiant sur toutes les affaires de corruptions où il est mêlé. Le « j’ai fait » devient « je vous jure que je n’ai rien fait ».

J’ai fait, j’ai fait, j’ai fait, j’ai fait…

La scène commence dans un salon, avec son fils Yair (un troll professionnel agressif), sa femme, David Bitan au téléphone. Il évoque les nombreux cadeaux reçus par les hommes d’affaire en échange de services.

Comment ça, j’ai donné des pots de vins ?
J’ai fait une faveur !
J’ai aidé un pote [Arnon Milchan] pour son visa
Je ne l’ai pas googlé, on dit qu’il est millionnaire
Je me suis fait plaise, du champagne
un collier pour madame
Voilà, j’ai fait honneur
C’est une question de manière.

Toujours dans la même scène, il parle de ses arrangements avec Arnon “Noni” Mozes. Le rédacteur un chef de Yidiyot Akhronot, un grand quotidien. Noni aurait accepté de donner une image positive de Netanyahu en vue de la campagne électorale. On voit dans le clip Ari Harrow, un ancien conseiller avec un micro au bout d’une perche. Ari Harrow témoigne contre Netanyahu dans cette affaire.

Après j’ai fait une rencontre avec Noni
S’il écrit que je suis un premier ministre de rêve
Alors je ferme Israel Hayom [journal pro-Netanyahu, principal concurrent de Yidiyot Akhronot]
Mais je lui ai fait une blague,
Ce n’est pas pour de vrai
C’est juste Ari Harow qui a appuyé sur « enregistrer »
Tout ça a un fond politique
Je vous promets, il n’y a rien que…

Et voici le refrain où tout le monde se déhanche :

J’ai fait, j’ai fait, j’ai fait, j’ai fait…

Nouvelle scène, nous sommes sous l’eau dans un sous-marin, Bibi porte une combinaison très seyante. Il dit ne rien savoir en donnant au commandant de la marine des liasses de billets prises dans une valise que lui tend son avocat et cousin David Shimron. On évoque ici la fameuse « affaire des sous-marins ».

Comment ça, j’ai monté des combines ?
J’ai fait des affaires.
J’ai obtenu de Merkel des prix extra
Pour des tas de sous-marins dont on n’a pas vraiment besoin
Mais on ne compte pas l’argent pour les questions de sécurité…
De sécurité financière de mon cousin [David] Shimron
Qui à ce propos ne m’a jamais rien raconté
Ni lui, ni le commandant de la marine
Quand on m’a dit : tu as un lien avec ce deal?
J’ai fait, j’ai fait une tronche de débile.
J’ai dis, Moi ? Je ne suis pas lié à ça.
C’est quoi un sous-marin ? C’est un truc dans la mer ?
Demandez au conseiller que j’ai nommé.
Je vous promets, il n’y a aucune chose que…

Et revoici le refrain :

J’ai fait, j’ai fait, j’ai fait, j’ai fait…

Ici, contrairement à l’original, il n’y a pas de troisième couplet, Bibi passe directement au pont, au moment de l’autocritique. Habillé en prisonnier, Netanyahu parle depuis une cellule.

Mais mettez ça de côté maintenant…
J’ai pas fait la paix, ni de négociations
J’ai pas fait grand chose avec le cœur nucléaire en Iran
J’ai fait que dalle pour la réduction des inégalités
J’ai rien fait pour faire baisser le coût de la vie
Alors comment malgré tout j’ai remporté l’élection ?

J’ai fait ce que je sais faire.
J’ai fait :
  De la police des menteurs,
  Du Shabak des froussards,
  De la haute cours de justice des subversifs
  De la gauche des traîtres
  Des handicapés des bouches-trous
  Sur le président des excréments
J’ai fait de la moitié du peuple des aigris [des cornichons]

En bref…

J’ai incité [à la haine], J’ai incité, J’ai incité, J’ai incité, J’ai incité, J’ai incité…

Le dernier refrain utilise un nouveau verbe, שיסיתי, shisiti, j’ai incité, qui à l’oreille est très proche de עשיתי, asiti, j’ai fait. On y voit aussi Miri Regev, la ministre de la culture rejoindre les autre pour faire la fête.

Excellent. Je ne sais pas combien de fois je l’ai regardé en me bidonnant. Il y a un moment où l’on a l’impression que la satire nous dit les choses comme elles sont et cette chanson en fait partie. Elle est toujours d’actualité aujourd’hui parce que toutes ces histoires de corruption ont un impact énorme sur la politique israélienne. Netanyahu est obligé de faire des coalitions avec d’autres partis pour gouverner et la première chose qu’il semble réclamer à ses alliés est de renforcer son immunité pour ne plus être embêté par toutes ces histoires. Une grande partie du centre et de la gauche refuse de s’allier avec lui à cause de ça. Il se retrouve donc à composer avec des partis de plus en plus à droite ainsi qu’avec les ultra-orthodoxes et religieux qui veulent en profiter pour faire appliquer la loi juive à l’État. Cela dit, en dépit de toutes ses casseroles, il garde une base très solide, un tiers des votants environ préfère le voir lui plutôt qu’un autre.

On pourrait reprocher à ‘Eretz Nehederet de ne compter que l’incitation à la haine comme réussite de Netanyahu. Ses électeurs valorisent d’autres aspects de son bilan : moins de morts dans les attentats, des alliances fortes à l’international, de fortes avancées technologiques… Cela dit ces derniers jours, c’est à nouveau dans l’incitation à la haine que Netanyahu a brillé. Il est habituel qu’il attaque les journalistes, un peu à la manière d’un Trump, mais il a frappé étonnamment fort en s’attaquant à Guy Peleg, le correspondant juridique de la chaîne Keshet (la même chaîne qui diffuse ‘Eretz Nehederet). Traitant le journaliste de menteur, de « champion de fake news », il s’est aussi déchaîné sur Keshet, chaîne « de propagande » et a invité les gens participant à sa mesure d’audience à la boycotter afin de faire chuter ses recettes. Oui, oui, Netanyahu invite les Israéliens à ne plus regarder Top Chef, Ninja Israel ni même Amit Segal, un commentateur politique de droite qui ne lui est vraiment pas hostile. Guy Peleg quant à lui doit désormais se déplacer avec un garde du corps.

Bref, je vous souhaite une bonne soirée électorale pour le 17. Soyez forts.

Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

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