Yael Neeman — Il était une fois une femme (2018)

Il était une fois une femme (היֹה היתה, on pourrait même oser Elle était une fois comme traduction) a été de nombreuses fois salué par la critique littéraire israélienne. J’hésitais à le lire. Il arriva sur la liste courte du prix Sapir 2019, mais ne le reçut pas. J’hésitai à nouveau. Et finalement, c’est une amie qui me surprit en me le passant. Alors je le lus. Plutôt qu’un roman, c’est un documentaire. Et ça remue tout dans les tripes.

Le livre parle de Pazit, morte d’un cancer en 2002. Pazit naquit dans un camp de transit en Allemagne de parents juifs polonais rescapés de la Shoah, sa famille monta en Israël peu de temps après sa naissance et s’installa à Holon. Avant sa mort, Pazit chercha à effacer complètement son existence.

L’autrice du livre, Neeman, croisa à peine Pazit durant sa vie, mais Pazit la marqua. Neeman fut étonnée de rencontrer d’autres gens qui la connaissait aussi et qui furent eux-même saisis par une Pazit, intelligente, brillante, drôle, mais aussi dure et sombre. Neeman se mit alors à recueillir obsessionnellement des témoignages sur ce que fut la vie de Pazit, de sa naissance à sa mort.

Et c’est le livre. C’est ça. C’est une suite de lettres, de courriels ou de témoignages transcrits. Il n’y a rien d’exceptionnel dans le style, c’est un hébreu de tous les jours, accessible, mais l’émotion provoquée par le texte est suffisante pour vous coller au fond de votre fauteuil. Voici l’histoire d’une femme, voici les histoires de ceux qui l’ont croisée, des années 1950 aux années 2000. C’est incroyable et ordinaire à la fois. Il y a quelque chose d’étrange dans le fait d’avoir documenté avec tant de détails la vie d’une personne qui a cherché à effacer complètement sa vie. Mais Pazit a laissé une telle impression autour d’elle qu’il était peut-être vain de croire qu’elle pourrait effacer sa vie.

Le collage des différents témoignages est très réussi. Il y a de nombreuses citations littéraires en début de chapitre, l’hébreu y est en général plus élevé, je n’ai pas toujours bien compris le lien avec le texte. Neeman écrit peu, son texte sert de liant entre les différentes parties, parfois elle s’étend un peu, explique sa démarche, se répète. C’est vraiment son travail de collecte, de sélection et d’édition qui me marque le plus dans cet ouvrage. Il faudrait que je lise un autre livre d’elle pour me faire une véritable idée de son écriture.

En me plongeant dans l’hébreu, j’avais envie de découvrir les Israéliens. Par la littérature hébraïque je les rencontre dans la manière dont ils sont imaginés par leurs écrivains. La plupart de ces histoires manie une langue élégante, passionnante pour elle même. Ce livre est un morceau de réalité qui tranche dans la littérature hébraïque. Pas de chichi pompon, pas de fiction, il n’y a que la vérité, rien que la vérité, toute la vérité. Il y a peu de chance que Pazit ne vous marque pas à votre tour. Il est probable qu’une grande tristesse et une profonde détresse s’emparent de vous, mais lisez ce livre, vraiment, on y parle d’êtres humains.

יעל נאמן, היֹה היתה, אחוזת בית ספרים, 2018.

Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

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