WC — Le’olam lo nicana’

WC est un duo énergique qui n’a pas honte d’être de gauche. Ce n’est pas rien dans un pays où « gauche » est une insulte et où il n’y a plus grand monde de gauche à la Knesset depuis longtemps. Le duo est composé de deux frères : Arie et Avshalom Hasfari. Ils sont deux des enfants de Shmuel Hasfari et Hanna Azoulaï-Hasfari, deux célèbres artistes israéliens engagés à gauche. Les deux frères se connaissent depuis longtemps, cependant l’histoire de ce groupe est récente. C’est en devenant colocataires que les deux frères se découvrirent l’un l’autre et commencèrent à faire de la musique ensemble. C’est illustré par la chanson Slick (סליק), leur premier tube :

Soudain, il y a un sentiment d’unité entre nous, waï, qu’est-ce qui va se passer ici, waï, qu’est ce qui va se passer ici ?

Cette chanson se trouve sur leur premier album, We are not War Criminals. Il contient des passages très engagés comme dans la chanson Satirikanim (סטיריקנים):

Où sont les gens qui arrêtèrent de leur corps les marches du Rav Kahana ?
Où sont les gens qui sortirent dans les rues après Sabra et Shatila ?
Il se lèveront et dresseront le poing,
Ils se lèveront et se dresseront eux-mêmes.

WC signifie-t-il War Criminals ? Je ne sais pas. Ce qui est certain, c’est que c’est aussi le sigle de Water Closet ou les initiales de Winston Churchill. Est-ce la vue de l’image de propagande japonaise qu’ils utilisent comme illustration de leur titre Le’olan lo nicana (nous ne nous rendrons jamais, לעולם לא ניכנע) qui leur a inspiré cette chanson ? La photographie de deux femmes japonaises tenant une représentation de Churchill avec ses initiales en dessous et se bouchant le nez comme si elles étaient face à des toilettes odorantes a de quoi surprendre, mais de là à en faire une chanson combative reprenant un célèbre discours de Churchill, We shall fight on the beaches, ça, je ne l’aurais pas imaginé.

Remémorez-vous les mots de Churchill après les premières défaites des alliés face à l’armée nazie (essayez de l’écouter aussi, il a une diction pourrie c’est horrible) :

I have, myself, full confidence that if all do their duty, if nothing is neglected, and if the best arrangements are made, as they are being made, we shall prove ourselves once more able to defend our island home, to ride out the storm of war, and to outlive the menace of tyranny, if necessary for years, if necessary alone. […]

    Even though large tracts of Europe and many old and famous States have fallen or may fall into the grip of the Gestapo and all the odious apparatus of Nazi rule, we shall not flag or fail. We shall go on to the end. We shall fight in France, we shall fight on the seas and oceans, we shall fight with growing confidence and growing strength in the air, we shall defend our island, whatever the cost may be. We shall fight on the beaches, we shall fight on the landing grounds, we shall fight in the fields and in the streets, we shall fight in the hills; we shall never surrender, and if, which I do not for a moment believe, this island or a large part of it were subjugated and starving, then our Empire beyond the seas, armed and guarded by the British Fleet, would carry on the struggle, until, in God’s good time, the New World, with all its power and might, steps forth to the rescue and the liberation of the old.

Les frères Hasfari se réapproprient ce texte et en font un hymne guerrier pour les Tel-aviviens de gauche contre la droite qui ronge le pays. Voici ma traduction, une fois encore littérale :

J’ai la pleine certitude que si nous faisons ce que nous devons
Si rien n’est négligé et avec des dispositions correctes
Nous prouverons à nouveau que nous sommes capables de défendre notre ville,
De galoper vers la tempête de la guerre
De survivre à la menace de la tyrannie
S’il n’y a pas le choix, pendant des années
S’il n’y a pas le choix, seul.
Et même si la plupart du pays est déjà sous la botte,
Nous n’hésiterons pas et nous ne vacillerons pas.


Nous nous battrons sur les plages et sur les terrains de débarquement
Nous nous battrons sur les pistes à vélo et le long des avenues
Durant les diffusions en première et dans les fêtes de percussions
Nous nous battrons à Jérusalem, dans les kibbutzim et dans les plaines
Nous nous battrons avec une force grandissante sur les réseaux sociaux
Sur l’étendue de la grande synagogue et sur les pistes de danse.
Nous défendrons notre bulle, qu’importe le prix.

Jamais, jamais nous ne nous rendrons
Jamais, jamais nous ne nous rendrons

Et même si un jour, et je ne crois pas que cela va arriver
Nous étions soumis et affamé
Alors nos amis de l’autre côté de la mer, armés d’une conscience de soi
continueront le combat, jusqu’à ce que le nouveau monde, de toute sa force et sa puissance
marche en avant pour le salut et la libération du vieux.

C’est tellement vieux.

Les frères Hasfarim disent tout cela avec un sérieux déconcertant. Il y a un contraste étonnant entre la gravité de leur engagement, la solennité de la musique et l’humour du texte. D’une manière générale, leur musique m’emporte et me dérange, m’interpelle, mais me ravit. Je ne sais pas bien quoi penser à la fin. Il y a une forme d’autodérision mêlée de fierté. Que veulent-ils dire exactement ? Je ne sais pas. Ce qui est sûr c’est qu’ils me font danser.

Enregistrement à la radio de l’armée Galgalatz


Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

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