Dov Alfon — Unité 8200 (2016 [he], 2019 [fr])

Unité 8200 (לילה ארוך בפריז, une longue nuit à Paris en hébreu) est un polar israélien de Dov Alfon. Un matin, un entrepreneur innovant israélien atterrit à l’aéroport de Roissy puis disparaît aussitôt. La police française commence à mener l’enquête, assistée d’un représentant de la police israélienne. Un colonel des services de renseignement de Tsahal présent par hasard, Abadi, propose aussi ses services. Ce membre de l’unité 8200, est notre personnage principal. Il apparaît assez vite que le commando chinois responsable de l’enlèvement s’est trompé de victime. Qui est le véritable Israélien recherché ? D’où vient ce commando chinois ? Comment cela se fait-il que le colonel Abadi soit fortuitement à Paris quand l’affaire commence ? Toute l’histoire sera réglée en vingt-quatre heures. Je vais vous parler ici de la version hébraïque seulement. La version française, traduite depuis la version anglaise (scandale) ne sortira que le 11 avril 2019. Elle a été de plus remaniée pour être adaptée au public français.

J’ai hésité longtemps avant de lire ce roman. Ce qui me bottait, c’est que cela se passe à Paris et que j’adore lire comment la France est vue depuis l’étranger. Bon, Dov Alfon n’est pas vraiment un étranger, il connaît très bien Paris, il y fut correspondant pour Haaretz et y vit toujours aujourd’hui. Je trouve à ce propos dommage que le titre ait été changé et le livre remanié dans sa version française, c’est pour moi une partie de ce qui est amusant. Le titre original reprend une citation supposée de Napoléon après la bataille d’Eylau « une nuit de Paris réparera tout ça » (le livre indique par erreur la prise de Moscou comme lieu de la supposée citation). La critique semblait aussi unanimement positive sur l’ouvrage. Finalement, voir le livre sortir prochainement en français me convainquit de sauter le pas et de le lire.

Ce qui me retenait jusque là, c’est que je ne suis pas un gros amateur de polar. Vous avez sans doute remarqué que ce n’était pas trop dans mes habitudes. Pour tout vous dire, j’ai lu un Dror Mishani, qui est unanimement salué, et je me suis ennuyé. Je n’en ai même pas parlé ici. Pire, Batya Gour, mondialement reconnue, m’est littéralement tombée des mains. Voilà, vous le saurez, ne vous fiez pas à mon manque d’enthousiasme vis-à-vis de ce livre pour savoir si c’est un bon polar ou pas : je ne suis pas un bon amateur de polar. Cela dit, ce livre a suffisamment de bons côtés pour que je veuille bien vous en parler.

Ce que j’ai adoré, ce sont les différents niveaux d’histoires, entre les enquêteurs qui cherchent à comprendre ce qui se passe sur le terrain, et les magouilles et manipulations des politiciens israéliens ou français pour utiliser les événements à leur avantage,en tordant les faits au besoin. Les stéréotypes sur les élus et hauts fonctionnaires français sont assez savoureux. Côté israélien, on reconnaît bien Netanyahu et son entourage dans les scandales qui touchent le premier ministre israélien du roman. C’est particulièrement réussi. Il y a quelques très bonnes scènes où l’auteur capte en quelques phrases des personnages et une ambiance. J’ai un petit faible pour la mère tunisienne du colonel Abadi. J’aime beaucoup les descriptions de la sécurité de l’ambassade d’Israël ou les réunions pesantes des services de renseignement de l’armée. On peut savourer le côté pulp du livre, avec ses héros israéliens jeunes, beaux et intelligents et ses héros français vieux, dépassés et déprimés. Et puis il y a Paris. Ça m’amuse beaucoup de reconnaître ou pas la ville, de me dire que je n’aurais pas du tout fait ça en métro si j’étais pressé, de lire noms de rues et noms de lieux en hébreu.

Un des accès de la rue de l’ambassade d’Israël à Paris, bien protégé.

Malheureusement je n’ai pas été pris à chaque nouveau chapitre. Il y a énormément de personnages, beaucoup d’histoires parallèles et mon intérêt s’est un peu effiloché au fil des pages, mon attention n’était pas retenue et je me suis ennuyé çà et là. Les personnages chinois en particulier m’ont laissé de marbre. Je ne suis pas non plus un grand amateur du personnage féminin, Oriana Talmor, qui était très prometteur mais dont le rôle dépasse rarement celui de faire-valoir.

Le style est sobre, le niveau de langue est assez accessible pour l’hébraïsant intermédiaire, mais les multiples niveaux d’histoires et les nombreux personnages ne facilitent pas la compréhension. Le vocabulaire de l’armée est assez exotique à suivre d’ailleurs pour qui ne connaît pas tous les rouages de Tsahal ni ses grades ésotériques.

Faut-il lire Unité 8200 ? Si comme moi vous n’êtes pas un grand amateur du genre, c’est peut-être un peu cher payer les très bons moments du livre. Si au contraire vous aimez ça, tentez l’aventure, il a reçu de bonnes critiques dans la presse ou sur le site Nuritha : vous savourerez l’air de Paris et le nœud de vipères politico-militaire israélien qui s’y est invité.

דב אלפון, לילה ארוך בפריז, זמורה ביתן, 2016. מסת״ב: 978-965-566-301-3.

Dov Alfon, Unité 8200, trad. Françoise Bouillot (depuis la version anglaise), Liana Levi, 2019. ISBN : 979-1-03-490142-5.

Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

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