‘Erev shel shoshanim par Jane Bordeaux et Israel Gurion

‘Erev shel shoshanim (ערב של שושנים) est un classique de la chanson hébraïque. Un tube international. Écrit par Moshe Dor et mis en musique par Yossef Hadar en 1957, la chanson fit et fait encore le tour du monde. Elle a été reprise par Nana Mouskouri, elle est chantée dans les shuls nord-américaines, elle est présente sur tous les disques de « berceuses du monde ». C’est justement sur un chouette disque comme ça que je la découvris, en tiquant un peu, parce que le « h » de « ahava » (amour, אהבה) est presque raclé comme un son « r » sourd. Si on veut faire chic, ou snob, ou désuet, on peut prononcer le « h, ה » hébraïque à l’anglaise, bien qu’il ait tendance à disparaître dans l’hébreu de tous les jours. Mais le prononcer avec un « r » sourd comme un « khaf, כ » ? C’est exagéré. Je l’ai entendu plus d’une fois chanté par des non hébréophones et j’ai souvent entendu cette bizarrerie. J’ai cherché une version chantée par des Israéliens pour faire écouter à mon entourage comment le prononcer correctement. Et soudain, je suis tombé sur la meilleure version de tous les temps de cette chanson. Si j’ai le malheur d’y penser, je la mets, si j’ai le malheur de la mettre, je la remets compulsivement plusieurs fois. Il n’y a pas de raison que je sois le seul à subir cette malédiction, écoutez vous aussi ‘Erev Shel Shoshanim par Jane Bordeaux et Israel Gurion :

Israel Gurion [he] est un vieil artiste israélien (il est né en 1935 !). Il est un des premiers à avoir chanté cette chanson en 1958. Fondé en 2012, Jane Bordeaux est un groupe de folk-country d’expression hébraïque. D’ordinaire plus acoustique, leur version de la chanson est exécutée avec des instruments électriques, des samplers et des synthétiseurs, façon folktronica. Doron Talmon, la chanteuse de Jane Bordeaux commence à chanter. Au troisième couplet, Israel Gurion surgit et continue. L’aïeul pétillant termine en chœur avec Doron. C’est la cerise sur le gâteau. L’interprétation est parfaite, l’arrangement brillant et Israel Gurion lui-même vient chanter. La joie qui se lit sur le visage des interprètes est réjouissante.

Mais au fait ? De quoi parle cette chanson ? Comment est-elle écrite ? « Un soir de roses » est un poème court, écrit dans un registre élevé, poétique. Comme le dit Mike Brandt aux côtés de Nana Mouskouri, ce sont deux personnes qui marchent dans un jardin plein de roses, c’est une histoire d’amour. Voici une traduction des paroles : <https://www.ajcf.fr/erev-shel-shoshanim-un-soir-de-roses.html>. Notez que cette traduction propose un prosaïque « sortons dans le jardin » pour נצא נא אל הבוסתן, netse na ‘el habustan. « נא, na » est une formule de politesse fleurie, « sortons je vous prie au jardin » conviendrait mieux. Au début du deuxième chapitre de son excellent 1948, Yoram Kaniuk évoque des vieux yekkes (Juifs allemands) désorientés qui emploient la même formule. Kaniuk précise à son lectorat forcément étonné que c’est une jolie politesse berlinoise qui n’était de passage à Tel Aviv que comme locatrice. Le « נא, na » n’est sans doute jamais utilisé dans la rue où l’Israélien typique ne dit même que rarement des mots comme « monsieur, madame, s’il-vous-plaît, merci  ». C’est illustré par un amusant article satirique sur la politesse israélienne chez Gorafeuj : « Il perd sa citoyenneté israélienne après avoir dit « Pardon », « S’il vous plaît » et « Merci » ». Notez enfin le mot « בוסתן, bustan ». J’adore ce mot au son peu hébraïque, il peut désigner un jardin ou un verger et est d’origine persane.

Je termine par une annonce. Je fus longtemps insensible à Jane Bordeaux, sans doute parce que la country n’est pas mon genre préféré. Puis, je les écoutai faire leur reprise magistrale de Zemer Nougue. Et maintenant je ronronne en me berçant de leur ‘Erev shel shoshanim. Depuis quelques jours, je parcours leur répertoire avec attention. C’est un groupe exceptionnel. Je vous en reparlerai bientôt.

Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

Une réflexion sur “‘Erev shel shoshanim par Jane Bordeaux et Israel Gurion”

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