Les Juifs arrivent (2014 – …)

Les juifs arrivent
Le générique des « Juifs arrivent » met en scène une préparation de brit mila. La ritournelle se termine sur un cri de bébé et une petite tâche de sang apparaît à l’écran.

Le monde doit savoir pour les Juifs arrivent (היהודים באים). Israël exporte de nombreux artistes, mais cette émission diffusée sur la télé publique, très populaire en Israël, ne sort pas vraiment du pays ou des milieux hébréophones. C’est une des satires les plus drôles, les plus intelligentes que je n’ai jamais vues. Pour en profiter vraiment, c’est bien d’avoir quelques notions de Bible et d’histoire des Juifs. Et évidemment, il faut parler hébreu. En fait, c’est un des rares moments où je me sens vraiment privilégié de parler hébreu. Cette série devrait être sous-titrée et distribuée à l’étranger, pour le plus grand bien de l’humanité.

Moïse y traite les Hébreux de peuple de merde, Noé se fait attaquer en justice pour avoir volé l’histoire du déluge aux Babyloniens, le Messie arrive et se fait traiter de gauchiste avant d’être abattu par la première famille israélienne qu’il rencontre, Dreyfus est déshonoré en se faisant casser publiquement sa baguette de pain, les nazis survivants organisent la solution finale 2 : conquérir l’Europe pour s’assurer qu’Israël n’ait aucun point à l’Eurovision… Voilà en gros. Les héros bibliques, les héros sionistes, les grands personnages de l’histoire juive sont brocardés avec un humour féroce.

La série a été créée par Nathalie Marcus [he], Assaf Beiser [he] et Yoav Gross en 2014 pour la chaîne Aroutz 1 (devenue en 2017 Kan 11). Elle compte cinq acteurs principaux, le grand Moni Moshonov [he], Yossi Marshek [he], Yael Sharoni [he], Ido Mosseri [he] et Yaniv Biton [he]. Ils sont tous excellents. Le seul défaut peut-être est qu’il n’y a qu’une seule actrice dans l’équipe, c’est déséquilibré. Bon, et forcément, ce n’est pas toujours drôle. De temps en temps, c’est même lourd, mais en général, c’est très plaisant.

Je vous propose trois séquences que je vais décrire un peu pour vous donner une meilleure idée de la série :

La fondation de Petah Tikvah

Petah Tikvah est la première implantation juive agricole en Palestine Ottomane au 19e siècle. Yoel Moshe Salamon, un des fondateurs historiques, fait un discours devant le docteur Mazaraki, autre fondateur historique. Les deux, habillés en cowboys, semblent seuls, jusqu’au moment où ils se rendent compte qu’un Arabe, Nabil, habite déjà là. Dans la série, Nabil construira toute la ville pendant que Salomon et le « fucking » doctor Mazaraki se tournent les pouces. Il n’aura pas le droit d’y résider une fois qu’elle est terminée. Si le début reprend en partie une chanson célèbre de 1970, le reste de la satire fait plus penser à la triste réalité en Cisjordanie aujourd’hui.

Voix off : en 1878, cinq Juifs prirent la route. Leur but est de fonder la première implantation agricole juive, Petah Tikvah. Schtamper est venu, Gutman est venu, Zarach Brenet, Yoel Moshe Salomon, et aussi Mazaraki, le docteur chenu. Il était… Les cinq cavaliers…  [un moustique tue Zarach Brenet] Les quatre cavaliers… [Schtamper et Gutman sont eux aussi tués par des moustiques] les cavaliers.

Yoel Moshe Salomon : bon, je propose qu’ici on construise la rue Moshe Salomon, ici la rue Salomon Moshe, et là bas, l’avenue Salomon Moshe Salomon.

Mazaraki [fait la moue et se désigne] : quoi ?

Salomon : haa, tu as raison, bien sûr. Et là, l’allée Mazaraki. [Silence] En mémoire de Yoel Moshe Salomon.

[Salomon se met à parler avec emphase]

Mes amis ! Aujourd’hui nous commençons à bâtir la première moshava de la terre d’Israël.

Mazaraki : en avant !

Salomon : Aujourd’hui, nous construisons notre maison !

Mazaraki : Aujourd’hui ? Maintenant !

Salomon : Alors, en avant ! Au travail !

Mazaraki : À l’ouvrage !

[silence, puis sans emphase]

On peut faire une petite pause d’abord ? Je suis crevé.

Salomon [avec emphase, tourné vers Mazaraki] : mes amis, je sais que la tâche est dure, mais que voulez-vous ? Nous sommes venus ici, sur une terre désolée, sans âme qui vive…

Nabil [seule sa main tenant un café apparaît, il parle avec un accent arabe] : café chaud ? [Mazaraki prend le café]

Salomon : …nous arrivons sur une terre vierge, désolée.

Nabil [tenant du houmous] : houmous ? [Salomon passe le houmous à Mazaraki]

Salomon : mais un jour…

Nabil : porte-manteau en bambou ? [Salomon accroche son chapeau sur le porte manteau]

Salomon : un jour nous fonderons ici une société égal… [arrête l’emphase et se tourne vers Nabil] Tu t’appelles comment habibi ?

Nabil : Nabil.

Salomon : Nabil… joli nom. Dis moi Nabil qu’est-de que tu fais dans les 20-30 prochaines années ?

Nabil : Pfiou, nous n’avons pas fait de programme aussi loin…

[changement de scène, Nabil creuse un trou, Salomon et Mazaraki boivent du café assis à une table]

Salomon : Alors, tu vois Mazaraki, c’est pas si dur que ça de bâtir une ville.

Mazaraki : Non, vraiment pas.

 

Opération tapis volant

 

La rencontre des Yéménites avec les Ashkénazes est orchestrée comme la rencontre des extra-terrestres avec les Étatsuniens dans le film Rencontre du troisième type. Paula Ben Gourion, aux côtés de son mari David  joue les cinq notes du célèbre film à l’accordéon, un Yéménite lui répond les cinq notes au Oud. Dans cette séquence, c’est tout le mépris des Ashkénazes de l’époque vis-à-vis des Yéménites qui transparaît.

Lod, 1949

Voix off : En 1949, la mission tapis volant est en cours, les Juifs des pays arabes arrivent.

[David et Paula Ben Gourion sont sur la piste d’atterrissage à Lod]

David Ben Gourion [se tenant les cheveux à cause du souffle des avions] : putain de merde ! [voyant les Yéménites arriver, se tourne vers Paula Ben Gourion ] Ho ! Les voilà !

[Les Yéménites leur font face, Paula Ben Gourion joue 5 notes à l’accordéon]

femme yéménite : qu’est-ce qu’elle veut celle-là ?

homme yéménite : je pense… Qu’elle est dans le spectre.

David Ben Gourion [à Paula Ben Gourion] : vas-y, vas-y, vas-y…

[5 notes d’accordéon jouées par Paula Ben Gourion]

[Un homme yéménite prend un oud et joue les mêmes 5 notes]

David Ben Gourion : c’est super. [Il se met à faire des bruits étranges avec la bouche] Huuu… Haaa… Huuuu…….. [Silence] Je voulais vous saluer dans votre langue, mais j’ai peur de saigner de la gorge. Alors je vous dis juste : bienvenue dans votre nouveau foyer ! [il se tourne vers une petite yéménite et lui tend la main] : viens ma petite, viens.

Homme yéménite [invite la petite à aller voir Ben Gourion] : Mazal…

David Ben Gourion : approche, ne t’inquiète pas, viens.

Homme yéménite : c’est Ben Gourion ! Tu sais qui c’est Ben Gourion ?

David Ben Gourion [prend la petite par la main et crie] : MAINTENANT ! [Paula Ben Gourion asperge la petite fille de désinfectant en faisant une mine de dégoût].

L’offrande de paix

Voilà sans doute ma série préférée. Les prêtres du temple ne croient pas en Dieu, ne cherchent pas à aider les gens, la seule chose qui les intéresse, c’est de faire bombance avec la viande des sacrifices. Ils sont prêts à tout pour garder ce privilège, absoudre le pire pêcheur ou condamner les innocents. L’autel de ces tartuffes est un grand barbecue.

Dans cet épisode, les prêtres sont sur le point de manger une offrande de paix, une offrande qui doit être partagée avec les veuves et le orphelins, chose qu’ils ne sont pas vraiment prêts à faire.

Voix off : Et tu as fait ton offrande, la viande et le sang, sur l’autel du seigneur ton dieu. Et le sang de ton sacrifice coulera sur l’autel du seigneur ton dieu, et la viande tu mangeras. [nb : Deu 12:27]

Les prêtres : Amen !

[face à l’autel, les prêtres s’attablent]

Prêtre de gauche [apportant de la viande] : et voilà, s’il vous plaît… Attendez, rappelez moi, qui la voulait à point ?

Prêtre de droite : moi !

Prêtre de gauche : toi ! Tu as changé aujourd’hui. Tiens.

[au grand prêtre] Tiens voilà pour toi, s’il te plaît.

Prêtre de droite : c’est bien.

Prêtre de gauche : loué soit son nom.

Prêtre de droite : loué soit son nom. [il prend une pita]

Grand prêtre : hep hep hep, Asher, si tu mets ça dans une pita, je lance une pulsa [en] contre toi.

Prêtre de droite : pourquoi ?

Grand prêtre : le créateur de ce monde t’envoie un morceau de steak, et toi tu le mets dans une pita comme les falafels puants de ton père au marché ? Vraiment… Comporte toi en prêtre, prends de la hauteur….

Prêtre de droite : d’accord… D’accord…

Prêtre de gauche : hep, hep, hep…

Grand prêtre : qu’est-ce qu’il y a maintenant ?

Prêtre de gauche : on n’a pas oublié quelque chose ?

Grand prêtre : quoi ?

Prêtre de gauche : c’est quoi comme offrande ça ?

Grand prêtre : une offrande délicieuse ?

Prêtre de gauche : une offrande de paix.

Grand prêtre : Et alors ?

Prêtre de droite : Et alors ?

Prêtre de gauche : c’est pas pour dire, je fais que rappeler que nous sommes censés partager avec des orphelins et des veuves. J’dis ça comme ça.

Grand prêtre : yallah des orphelins et des veuves… qu’ils viennent me chercher dans mon cul…

[une femme et trois enfants arrivent]

La femme : hum hum hum.

Grand prêtre : bonjouuuuuuur [se tourne vers le prêtre de droite] sa mère… [obséquieusement à la femme] comment puis-je vous aider ?

La femme : bonjour, je suis veuve et voici mes orphelins, et j’ai cru comprendre qu’aujourd’hui il y a une offrande de paix.

Grand prêtre : à mon grand regret, c’est juste. Bon… Vous êtes devenue veuve comment exactement ?

La femme : mon mari est parti à la guerre, il a sauvé un village entier à lui tout seul, et à la fin, il est mort pour la sainteté de dieu.

Grand prêtre : [baille] waï, c’est une histoire émouvante, ça touche vraiment au cœur… Ça vous dit des pommes ?

Prêtre de droite : deux pink ladies, affaire conclue ?

La femme : quoi ? Non, non, non, y’a pas moyen, c’est quoi ça ? Nous, on est venus parce qu’il y a une offrande de paix aujourd’hui, on ne sort pas d’ici sans viande.

Le grand prêtre : cloche ! [en français dans le texte. Les prêtres sortent des cloches et couvrent leur viande pour la maintenir au chaud]. Bien, rappelez moi comment vous vous appelez ?

La femme : je suis Atalia, le grand c’est Yokamatz, le moyen c’est Re’ou’el et le petit Itamar.

Le grand prêtre : alors ça c’est drôle, ma femme aussi s’appelle Atalia, et le grand… Yokamatz, celui du milieu Re’ou’el et le petit… heu… ça.

La femme : Itamar ?

Le grand prêtre : oui. Alors… Dites moi, vous êtes sûr que votre mari est mort ?

La femme : comment ça ? On m’a raconté qu’il est tombé au combat.

Le prêtre de gauche : le corps, vous l’avez vu ?

La femme : non.

Le grand prêtre : il y a une tombe ?

La femme : non.

Le prêtre de gauche : alors comment savez-vous que vous êtes vraiment veuve ?

La femme : comment ça ? Ce sont ses camarades de l’armée qui me l’ont dit, quoi.

Les prêtres en chœur : hé.

La femme : qu’est-ce que vous essayez de me dire ?

Le grand prêtre : écoutez moi, je lance comme ça une hypothèse, d’accord ? En mesurant mes paroles. Est-ce qu’il y aurait une chance pour que vous soyez une connasse insupportable et que votre mari ne pouvait plus vous blairer ? Même pas une seconde de plus ?

La femme [estomaquée] : pardon ?

Le grand prêtre : vous savez… Il a pris la guerre comme prétexte, a demandé qu’on dise qu’il est mort, et puis… Il s’est barré chez les Phéniciens pour se trouver une jeunette.

La femme : j’ai 26 ans !

Le prêtre de droite : vous voulez qu’on vous apporte une chaise ?

Le grand prêtre : peut-être que vous ne faisiez pas attention à lui ?

Le prêtre de gauche : Vous cuisiniez, vous faisiez le ménage, vous lui laviez les pieds ?

La femme : pardon ? Mon mari et moi avions une relation égalitaire basé sur le respect mutuel. Nous nous répartissions toutes les tâches ainsi que tous nos moyens.

Le grand prêtre : ok, le mec s’est barré à coup sûr chez les Phéniciens.

La femme : vraiment ? vous pensez qu’il s’est enfui ?

Les prêtres, en chœur : hé.

Le prêtre de droite : ce n’est pas de nous dont vous avez besoin madame, mais d’un détective privé, de l’autre côté de la route il y en a un, Zacki, dites lui que vous êtes ambitieuse, il saura quoi faire.

Le grand prêtre : ou on peut laisser tomber Zacki et vous pouvez juste nous faire une petite offrande pour le bien du temple.

Le prêtre du gauche : ho, de préférence, quelque chose de sucré, d’accord ?

La femme : mais nous n’avons rien.

Les prêtres, en chœur : hé.

La femme : sur ma vie, nous n’avons rien.

Les prêtres, en chœur : hé.

Le prêtre de droite : qu’est-ce qu’il a le petit dans ses mains ? Qu’est-ce qu’il tient ?

La femme : Itamar ! Tu ne dis pas que tu as des figues ? Comment veux-tu que dieu nous ramène papa ?

Itamar : mais c’est à moi…

Les prêtres, en chœur : hé.

[Itamar pose ses figues sur la table]

Le prêtre de gauche : bonne santé, au revoir.

[la femme et les enfants partent, les prêtres retirent les cloches et s’apprêtent à manger.]

Un mot pour la fin

Voilà, si vous ne comprenez pas l’hébreu, vous avez maintenant une raison de l’apprendre : c’est à ce jour la seule solution pour pouvoir regarder cette série formidable ! Ha et si vous suivez ce blog, vous avez sans doute lu ma chronique sur un fusil, un arbre, une vache et une femme de Meir Shalev ? Souvenez-vous, un passage de la Bible (2 Rois 2:24) y revient tout le temps : le prophète Élisée voit des enfants se moquer de sa calvitie. Il les maudit et deux ours surgissent de la forêt et dévorent quarante-deux de ces enfants. Il y a un épisode des Juifs arrivent où après ce passage le prophète va expliquer aux parents ce qui s’est passé, c’est cocasse.

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Alors disons que votre fils a un peu exagéré,

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mon ours a un peu exagéré

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Et toute cette histoire est derrière nous.

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Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

2 réflexions au sujet de “Les Juifs arrivent (2014 – …)”

  1. Salut Nicolas,
    Oui, tu as raison, ils sont super drôle 🙂
    Cette histoire de Petah Tikva qu’ils ont fait m’a rappelé une autre vidéo basée sur la même chanson, qui est, certes, moins politique, mais plus étrange et hilarante. Voilà, la version de החמישייה הקאמרית :

    Aimé par 1 personne

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