Yirmi Pinkus — Célibataires et veuves (2017)

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J’avais très envie de lire ce recueil de quatre nouvelles, unanimement salué par la critique. Il est fait d’histoires de paliers, de corridors et de voisinage dans le vieux nord telavivien, à l’exception de la quatrième histoire se déroulant en Suisse. Falots, feutrés, solitaires, souvent distants, les héros ashkénazes transpirent dans ces récits une politesse froide qui exprime rarement son opinion, mais n’en pense pas moins.

Vendeurs et acheteurs, la première histoire se concentre sur un jeune trentenaire graphiste et hautain qui bénéficie d’une location très bon marché dans un quartier chic. Il apprend pour son malheur que son propriétaire a décidé de vendre.

Les rats de Margalit Hertz dépeint une infestation de rats qui vise en particulier l’appartement où Mme Hertz vit avec sa mère.

Izi et Carmela est le récit à la première personne d’un enfant qui épie un couple étrange dans sa résidence.

L’Europe, la dernière histoire, est aussi à la première personne. Un chercheur telavivien part postuler pour un poste à Lucerne et rêve de sa vie en Europe.

Tout est dans l’ambiance, tout est dans le détail, tout est dans la chute. On ne rit pas au éclats, on ricane sous cape. Les minutes s’écoulent lentement pendant que l’on contemple les environnements des protagonistes et que l’on savoure leurs interactions.

L’hébreu est dur. Oï vavoï, j’ai rarement autant peiné, le vocabulaire est riche et varié, j’ai passé autant de temps dans le dictionnaire que dans le livre. Le style me paraît suranné, surtout dans les histoires à la troisième personne où le héros est souvent appelé « notre ami », « notre héros ». On se retrouve collé aux histoires, pris dans l’inertie de destins tristes que les héros protègent de tout bouleversement tout en rêvant d’une vie meilleure qu’ils sont incapables d’accepter. Curieusement, c’est très agréable.

Un détail amusant, le papier n’a pas le blanc habituel des romans de l’éditeur, Keter, il est légèrement cassé. Dans Sfarim Rabotaï Sfarim (Des livres messieurs, des livres, ספרים רבותיי ספרים) la célèbre émission littéraire du vendredi sur Galatz, J’ai entendu Yirmi Pinkus expliquer d’un ton agacé qu’il ne comprenait pas pourquoi on imprimait sur du papier blanc. Il trouve beaucoup plus agréable d’avoir un papier légèrement coloré. Il se félicitait que Keter, son éditeur, permette ce genre de changements à leurs auteurs.

Je suis forcément passé à côté de pas mal de choses tant le texte est dur. Il faudra que j’y revienne d’ici quelques temps, quand mon hébreu sera devenu meilleur. En attendant, je vais peut-être me tourner un peu vers de la littérature jeunesse, pour faire une petite pause après tout cet hébreu chic et compliqué…

ירמי פינקוס,רווקים ואלמנות , כתר, 2017.
הספר בחנויות: בסימניה, באתר « עברית« .

Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

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