Shai Tsabari — Shaharit (2015)

a2833576423_10

Depuis que j’ai acheté le premier album de Shani Peleg, je suis les sorties de Nana Disc [en-he], un sympathique label israélien (Berry Sakharof, Shuli Rand, s’il vous plaît). Il y a quelques semaines, je vois passer une reprise en hébreu de Lover Lover Lover de Leonard Cohen (au passage, l’originale a une histoire [en] qui touche particulièrement les Israéliens). Ce n’est pas un coup de foudre, mais quelque chose me plaît et m’intrigue. Je commence à m’intéresser au travail de l’auteur de la reprise : Shai Tsabari [en].

J’écoute son album sorti en août 2015, Shaharit, album de « Shai Tsabari et l’équipe d’experts du groove du Moyen-Orient ». Rien que ça. Shaharit, c’est le nom de l’ensemble des prières du matin dans le judaïsme. Ce n’est pas non plus un coup de foudre, mais quelque chose m’accroche. J’écoute, je réécoute, je tombe amoureux. Je finis par me dire que c’est un album exceptionnel, un de mes chouchous. Et les experts revendiqués ne sont pas usurpés.

Je me suis d’abord beaucoup focalisé sur la musique, très bien composée, très bien jouée et produite. Je me suis intéressé à l’exceptionnel partenaire avec qui il réalise cette album, Asaf Talmudi [he]. Talmudi a écrit de nombreuses chansons, produit l’album, il y joue aussi du clavier. La présence d’un trombone, d’une clarinette et d’un saxophone me réjouissent. J’étais heureux de croiser une belle composition de Berry Sakharof qui met en musique un poème de Yehuda Amichaï. Ho ! Et il y a d’autres poètes mis en musique comme Avraham Halfi ou Havvah Pedaya. J’écoute et réécoute un piyyout avec les chanteuses d’A-WA dans les chœurs. Et finalement, j’ai réalisé que la voix même de Tsabari est exceptionnelle au point que l’on pourrait la jouer seule, que ses propres compositions et textes sont excellents. Il s’entoure de tant de beau monde, qu’on pourrait presque l’oublier. C’est un album avec une richesse étonnante qui se dévoile petit à petit.

Je vous fais un rapide tour des pistes que j’ai le plus écoutées pour l’instant :

Lavi oti (לוי אותי, Accompagne-moi)

Lavi oti est un joli texte de Yehuda Amichaï où quelqu’un demande à une femme de l’accompagner à l’aéroport, bien qu’il ne parte pas, comme pour pouvoir vivre l’instant éphémère de la séparation. Du moins je le comprends comme ça. Le texte est mis en musique par Berry Sakharof. Le célèbre rocker a aussi participé à l’enregistrement. La mélodie me rappelle Ennio Morricone ou d’autres musiques des années 1960, 1970. J’ai la sensation d’être en route pour l’aéroport, à l’aube, sur des routes vides et dégagés quand j’écoute cette chanson.

Avo bigvourot adir (אבוא בגבורות אדיר)

Un piyyout de Seli’hot superbement mis en musique par Shai Tsabari. J’ai tout de suite accroché à ses boucles de synthétiseurs aux belles sonorités des années 1970. Puis je me suis fondu dans mélodie enivrante et à la fin, je chante avec les sœurs d’A-WA « ro’é israèl hè’èzina, la la la la… ». En revanche, j’ai du mal à comprendre l’hébreu de ce texte.

Hora nofèlèt mèharaglaïm 2 (הורה נופלת מהרגליים 2, une hora tombe depuis les pieds 2)

Comme le titre l’indique, c’est une hora, la danse d’Europe centrale, populaire en Israël. La piste est instrumentale. Elle est écrite par Asaf Talmudi, et on se rapproche plus du projet Klezmer de ce dernier : Oy Division. Il y a un moment fascinant où les cuivres énergiques d’Europe centrale font place à un solo de guitare blues rock relevé d’Uzi Ramirez qui se termine en surf rock, et tout paraît parfaitement naturel. Je ne m’en remets pas.

Hamèlèch  (המלך, Le roi)

C’est un poème d’Havvah Pedaya, mis en musique par Shai Tsabari, sur un motif, oriental, répétitif et envoûtant. Je ne comprends pas vraiment le sens des paroles, mais, avec la musique elles m’évoquent la grandeur et la fraîcheur des salles d’un palais antique du Moyen-Orient.

Je mets en avant ces pistes, mais tout l’album est réussi et cohérent. Shai Tsabari est un artiste à suivre. En fait, je me suis rendu compte que j’aimais Shai Tsabari, et depuis plus longtemps que je ne le croyais : en survolant ce qu’il avait produit, je me suis rendu compte que c’est lui qui chante sur une de mes chansons préférés du dernier album d’Hadag Nahash : shemesh (soleil).

On peut écouter tout l’album sur Youtube, Bandcamp (le lecteur Bandcamp est en bas de ce billet), iTunes ou Spotify. Devant les photos alléchantes, j’ai craqué et acheté le CD sur Bandcamp. J’ai été un peu déçu de recevoir une version avec une jaquette en lettres latines moins léchée. Heureusement, les gens de Nana Disc ont été adorables et m’ont échangé le disque contre la jolie version hébraïque !

Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

Une réflexion sur “Shai Tsabari — Shaharit (2015)”

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s