Aharon Appelfeld — Le temps des prodiges (2004)

À la fin des années 1930 en Autriche, le fils d’une famille juive aisée témoigne à la première personne de son quotidien. Vacances, violon, algèbre, latin, réceptions… toutes ses activités sont ponctuées par la froideur de sa mère et la distance de son père. Ce dernier est un célèbre écrivain, virtuose du dialecte autrichien, ami de Stephan Zweig et admirateur de Franz Kafka.

Le héros témoigne avec le voile d’incompréhension propre à l’enfance. Au travers de ce voile on observe la montée de l’antisémitisme, mais aussi de nombreux questionnements sur l’identité juive. Dans une deuxième partie, le héros, devenu israélien, revient dans sa ville natale pour la première fois depuis la guerre.

Appelfeld ne faisait pas partie des auteurs israéliens que je voulais lire en priorité. Son sujet de prédilection (la vie des juifs en Europe centrale dans les années 1930, 1940) n’est pas celui qui m’intéresse le plus dans la littérature israélienne. C’est en le voyant dans le documentaire de Nurith Aviv, D’une langue à l’autre, que j’ai été fasciné par le personnage. L’extrême douceur et simplicité avec laquelle il raconte sa vie pleine de violence m’ont beaucoup touché et m’ont donné envie de lire un livre de lui. J’ai choisi celui-ci un peu par hasard, parmi ceux disponibles à la bibliothèque, en langue originale et en traduction.

En le lisant, j’ai réalisé que s’il ne parle pas d’Israël, il s’adresse aux Israéliens. Il leur parle des juifs qui sont restés en Europe pendant la guerre et qui y sont morts. Il parle de ceux qui sont devenus réfugiés en Israël. Il parle de sujets qui continuent de hanter certaines communautés juives, comme l’assimilation. Il en parle avec simplicité, douceur et pudeur. Il manipule un vocabulaire riche, souvent dur à suivre en hébreu, mais la traduction proche du texte d’Arlette Pierrot rend la compréhension aisée.

Comme après l’avoir entendu parler, je me suis senti curieusement bien après l’avoir lu. La douceur avec laquelle il exprime l’amertume me fascine. Je lirai sans doute d’autres livres de lui.

Aharon Appelfeld, Le Temps des prodiges, trad. Arlette Pierrot, Paris, Seuil, 2004. ISBN : 978-2020680196.

אהרן אפלפלד, תור הפלאות, תל אביב, הקבוץ המאוחד, 1978.

Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

Une réflexion sur “Aharon Appelfeld — Le temps des prodiges (2004)”

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